INSECTE – Et si les fourmis nous aidaient à lutter contre les cancers ? Fléau de l’humanité, ce groupe de maladies est la deuxième cause de décès dans le monde, occasionnant environ 10 millions de morts par an selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Un des principaux enjeux est notamment de les déceler rapidement afin de pouvoir les traiter à temps. Alors qu’il n’existe pas d’outil non invasif, peu coûteux et efficace pour cela, une nouvelle étude propose d’utiliser l’odorat des fourmis. 

Menés par une équipe de chercheurs du Laboratoire d’Éthologie expérimentale et comparée à l’Université Sorbonne Paris Nord, de l’Institut Curie, de l’Université Paris-Saclay et du CNRS, les résultats ont été publiés le 21 février dernier dans la revue IScience. Précisément, ils se sont penchés sur la faisabilité d’utiliser une espèce de fourmis commune pour détecter les cellules cancéreuses humaines. 

Sentir pour prévenir

Les méthodes actuelles de détection des cancers comme l’IRM ou mammographie pour le cancer du sein par exemple sont souvent chères ou invasives, ce qui limite leur utilisation à grande échelle. Une alternative consiste à utiliser l’odorat très développé de certains de nos amis les bêtes. 

Techniquement, il s’agit de débusquer des composés organiques volatils (COV) produits par les cellules cancéreuses. Avec leur odorat très développé, les chiens en sont capables. Mais cette méthode nécessite un entraînement long – entre six mois et un an par chien -et coûteux- “des dizaines de milliers d’euros”, souligne auprès de l’AFP Baptiste Piqueret, auteur principal de l’étude parue cette semaine dans la revue iScience.

À l’inverse, cette nouvelle étude française démontre les avantages à utiliser des insectes (ici la Formica fusca, une fourmi européenne reconnaissable à sa robe noire). Ces animaux peuvent en effet être formés très rapidement. Après seulement quelques séances d’entraînement, elles sont aptes au combat, détectant l’odeur de cellules cancéreuses. 

Un entraînement à base de sucre

En laboratoire, les insectes ont été soumis à des protocoles dits d’apprentissage associatif où une odeur est associée à une récompense, en l’occurrence une goutte d’eau sucrée.

Dans une première session d’entraînement, la fourmi “se promenait librement, tombait par hasard sur une goutte sucrée et pendant qu’elle la buvait, elle reniflait son environnement (avec ses antennes) imprégné d’une odeur particulière”, détaille le chercheur. 

A l’étape suivante, l’insecte avait le choix d’aller dans un endroit avec l’odeur apprise et un autre avec une odeur différente, mais sans goutte de sucre cette fois. “Si la fourmi avait bien appris, elle passait beaucoup de temps près de l’odeur associée au sucre et tournait autour en cherchant la récompense”. 

Un odorat remarquable

Ces tests ont été réalisés avec des odeurs de cellules humaines saines et de cellules cancéreuses (produites par un cancer de l’ovaire), pour voir si les fourmis arrivaient à les distinguer. Puis, plus finement, avec deux cellules malades (issues de cancers du sein), pour voir si les insectes faisaient la différence entre deux sous-types de cancers.

“Trois entraînements de moins d’une heure ont suffi pour qu’elles apprennent” la différence entre ces sous-types, se félicite le chercheur.

Les fourmis sont des insectes qui utilisent principalement leur sens olfactif pour leurs tâches quotidiennes. Possédant un nombre impressionnant de récepteurs dédiés, il permet également à ces petits animaux de communiquer. Produisant et partageant leurs phéromones, elles instaurent ainsi un langage chimique complexe. 

Il s’agit maintenant de passer à l’étape suivante: des tests cliniques sur un organisme complet. Des expériences préliminaires sont en cours avec de l’urine de souris atteintes de cancers.

En effet, cette méthode de détection manque encore d’une normalisation appropriée pour être largement utilisée et fiable dans des situations réelles de dépistage. Néanmoins, cette première étude est prometteuse, démontrant le potentiel élevé de ces petites travailleuses.

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