Les champignons peuvent discuter entre eux, au moyen de signaux électriques qu’ils s’échangent. 

CHAMPIGNONS – Élements incontournables de la biodiversité, les champignons sont présents dans quasiment tous les endroits du globe. Tapissant le sol des forets, de récentes études ont démontré qu’ils étaient à l’origine d’un véritable réseau d’information, semblable aux connexions de neurones. Les champignons seraient ainsi connectés, formant un super-organisme forestier.

Publiée le 6 avril dans la revueRoyal Society Open Science, une nouvelle étude va plus loin et présente ces êtres vivants comme de grands bavards, usant de signaux électriques pour discuter entre eux.

Plus surprenant encore, leur manière de communiquer s’approcherait du langage humain. En effet, l’analyse mathématique des signaux électriques que les champignons se partagent révèle divers schémas, qui présentent plusieurs similitudes avec la parole humaine.

Un vocabulaire équivalent à près de 50 “mots”

Pour étudier la question, le professeur Andrew Adamatzky, du laboratoire d’informatique de l’université de l’ouest de l’Angleterre à Bristol, a analysé les modèles de pics électriques générés par quatre espèces de champignons – les champignons enoki (Flammulina velutipes), à branchies fendues (Schizophyllum commune), fantômes (Omphalotus nidiformis) et à chenilles (Cordyceps militaris). 

Pour ce faire, il a inséré de minuscules micro-électrodes dans des substrats colonisés par les champignons et notamment leur partie végétative, soit les racines (aussi appelées mycélium). Formées de filaments souterrains ramifiés et généralement blancs, elles produisent des signaux, d’une manière similaire au fonctionnement des neurones d’un cerveau. 

S’intéressant à ce mécanisme fongique (causé par un champignon NDLR), l’étude a alors relevé que les pics dans les signaux électriques se regroupaient souvent en trains d’activité, formant un vocabulaire simple composé tout de même d’environ 50 “mots”.

Photos des expériences, où les champignons sont liés à des micro-électrodes pour capturer leurs discussions

Andrew Adamatzky précise cependant que “le lexique de base des mots les plus fréquemment utilisés ne dépasse pas 15-20 mots”. L’objectif derrière ces vagues d’activité électrique est probablement le maintien de l’intégrité du champignon, un peu comme le hurlement du loup favorise la solidité de la meute.

Par ailleurs, le chercheur a également découvert que le taux d’émission de ces impulsions augmente lorsque les racines du champignon entrent en contact avec des blocs de bois, “ce qui laisse supposer que les champignons utilisent ce “langage” électrique pour échanger des informations sur la nourriture ou les blessures avec des parties distantes d’eux-mêmes, ou avec des partenaires reliés, comme les arbres” suggère Andrew Adamatzky.

Des similitudes avec le langage humain ?

Ces trains d’activité électrique ont-ils quelque chose en commun avec le langage humain? Il semblerait en effet, car l’organisation de ses signaux électriques, notamment la longueur des pics ou leur nombre est proche de notre manière de communiquer.

“Nous ne savons pas s’il existe une relation directe entre les modèles de piquage dans les champignons et la parole humaine. Il est possible que non”, a déclaré l’auteur de l’étude pour The Guardian. “En revanche, il existe de nombreuses similitudes dans le traitement de l’information dans les substrats vivants de différentes classes, familles et espèces”. Cela ne suffit cependant pas pour plusieurs scientifiques à valider cette théorie, qui aimeraient voir davantage de preuves avant d’être prêts à les accepter comme une forme de langage.

“Bien qu’intéressante, l’interprétation en tant que langage semble un peu trop enthousiaste, et nécessiterait beaucoup plus de recherches et de tests d’hypothèses critiques avant que nous voyions ‘Fungus’ sur Google Translate”, a déclaré dans The Guardian, Dan Bebber, membre du comité de recherche en biologie fongique de la British Mycological Society.

Dès lors, les recherches futures devraient aller dans trois directions: étude des variations inter-espèces, interprétation d’une grammaire fongique et reconsidération du type de codage. Il faudra sans doute s’armer de patience avant de voir des résultats. En effet la recherche sur la communication électrique des champignons n’en est qu’à ses débuts.

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